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Mardi 10 Janvier 2006 Nouveautés...


 


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Compléments aux Commentaires de l'évangile de Marc

Quelques textes du Nouveau et de l'Ancien Testament et quelques notes personnelles

 Genèse 2

23- Alors celui-ci s'écria : Pour le coup, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair !

   Celle-ci sera appelée femme, car elle fut tirée de l'homme, celle-ci !

24- C'est pourquoi l'homme quitte son père et sa mère et s'attache à sa femme,

   et ils deviennent une seule chair.

25- Or tous deux étaient nus, l'homme et sa femme, et ils n'avaient pas honte l'un devant l'autre.

(Retour vers Marc 10,8)

 

 Philippiens 2

6 - Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu.

7 - Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes.

   S'étant comporté comme un homme,

8 - il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix !

9 - Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,

10 - pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,

11 - et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père.

(Retour vers Marc 10,45)

 

 Jean 15

1- " Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron.

2- Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l'enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, pour qu'il porte encore plus de fruit.

3- Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre.

4- Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s'il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Jn

5- Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire."

(Retour vers Marc 12)

 


Méditation sur la passion du Christ

(notes personnelles)

Il n'y a pas de vérité humaine, à ce titre, ces pages ne font qu'exprimer une méditation et une recherche. D'autres points de vue plus éclairés peuvent être donnés...

Quelques lectures: Jésus-Christ unique médiateur (P. Sesboué)
Pâques, le mystère (Hans Urs von Balthasar)

Le Christ souffrant est un Christ aimant

 Relisons le pape Jean Paul II :

"En outre, Jésus révèle, par sa vie même et non seulement par ses paroles, que la liberté s'accomplit dans l'Amour, c'est à dire dans le don de soi. Lui qui dit : "nul n'a plus grand Amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis " (Jn 15,13) marche librement vers sa passion (cf Mt 26,46) et dans son obéissance au Père, il livre sa vie sur la croix pour tous les hommes (cf Philippiens 2, 6-11 ).

"La contemplation de Jésus crucifié est donc la voie royale sur laquelle l'Eglise doit avancer chaque jour, si elle veut comprendre tout le sens de la liberté : le don de soi dans le service de Dieu et de ses frères.

"Et la communion avec le Seigneur crucifié est la source intarissable à laquelle l'Eglise puise, sans cesse, pour vivre librement, se donner et servir.

"En commentant ce verset du Psaume 100/99 " Servez le Seigneur dans l'allégresse", Saint Augustin dit : "Dans la maison du Seigneur, l'esclavage est libre. L'esclavage est libre, lorsque ce n'est pas la contrainte mais la charité qui sert... Que la charité te rende esclave, puisque la vérité t'a rendu libre... Tu es en même temps esclave et homme libre : esclave, car tu l'es devenu ; homme libre, car tu es aimé de Dieu, ton créateur ; bien plus, tu es libre parce que tu aimes ton créateur... Tu es l'esclave du Seigneur, l'affranchi du Seigneur. Ne cherche pas à être libéré en t'éloignant de la maison de ton libérateur !"

"Ainsi l'Eglise et tout chrétien en elle, est appelée à participer au munus regale (trésor royal) du Christ en Croix (cf Jn 12,32), à la grâce et à la responsabilité du Fils de l'homme qui "n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour une multitude" (Mt 20,28).

"Jésus est donc la synthèse vivante et personnelle de la liberté parfaite dans l'obéissance totale à la volonté de Dieu. Son corps crucifié est la pleine révélation du lien indissoluble entre la liberté et la vérité, de même que sa résurrection des morts est la suprême exaltation de la fécondité et de la force salvifique d'une liberté vécue dans la vérité."

Le Christ révèle l'absolu de Dieu. Il n'est pas surpris par les événements. Il n'est pas déconcerté par ce qui arrive. Ce qui va arriver arrivera. Jésus veut. Il ne le provoque pas mais il s'engage dans les événements, avec toute l'énergie de son âme. Il ne met pas de restriction, pas de repentir.

Il faut relire, à ce niveau, Jean 18 :

"Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s'avança et leur dit : " qui cherchez-vous ? ". Ils lui répondirent : "Jésus le Nazaréen". Il leur dit "c'est moi". Or, parmi eux se tenait Judas qui le livrait,...."

La compréhension de l'acte libre, au-delà d'un esclavage ou d'une aliénation apparente passe par la méditation du récit de la Passion du Christ.

 

 Souffrance du Désir

On note la souffrance de son Désir. Il subit les limites de sa condition humaine, de sa condition corporelle. Il ne peut pas y avoir de Désir sans souffrance. Celui qui veut éviter la souffrance veut éviter d'aimer. Il ne se confie qu'à lui même, il refuse de s'en remettre à un autre. Refuser la souffrance, c'est ne pas vouloir aimer.

Laissons le texte parler (2° Episode de la passion après le repas Pascal) :

De nouveau, il s'éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles. Puis, de nouveau, il vint et les trouva en train de dormir, car leurs yeux étaient appesantis. Et ils ne savaient pas que lui dire. Pour la troisième fois, il vient ; il leur dit : " continuez à dormir et reposez-vous ! C'en est fait. L'heure est venue : voici que le fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs. Levez vous ! Allons ! Voici qu'est arrivé celui qui me livre." (Marc 14 39-42)

Jésus regarde sa mort en face. Elle ne le surprend pas. Il le sait. Il l'avait dit et réintégré (cf Marc 14 3-9).

Comme disait le cardinal Newmann : Jésus entre dans la mort avec toute sa liberté et sa présence d'esprit. On retrouve la phrase de la deuxième prière Eucharistique : "Au moment d'entrer librement dans sa passion".

A Géthsémani, il va cependant souffrir d'une solitude extrême. Tous, ils vont être hors du jeu, en marge du mystère ; "leurs yeux étaient appesantis de sommeil" (Marc 14,40)

On retrouve le sommeil d'Abraham, le sommeil de Joseph (avant l'Alliance et la révélation). Ils ne tombent pas endormis par négligence mais c'est Dieu lui même qui les met à l'écart. Pascal dira "Jésus est seul dans la Terre" Dieu est le seul qui ressente et qui partage. C'est le moment extrême de l'Amour le plus grand.

Aimer purement, c'est consentir à la distance, c'est adorer la distance entre soi et ce qu'on aime, posséder c'est souiller (S. Weil).

Géthsémani : plus grande est la solitude, plus grand est l'Amour. Jésus se donne et s'abandonne. Il abandonne sa volonté. Il perd prise. Quand on aime, il y a toujours quelque chose à perdre. Il faut consentir de ne plus être maître de la situation, perdre la volonté de maîtriser.

 

 L'abandon du Christ

Jésus abandonne cette volonté de maîtriser le cours des choses. Même s'il abandonne cette maîtrise, il ne cède en rien sur son Désir. Secret inviolable et obscur. "Non ce que je veux mais ce que tu veux". Ce que Dieu veut c'est que je désire. Dieu sait ce qu'il veut mais nous ne le savons pas. Ce que Dieu veut, Jésus Humain ne le surplombe pas. Jésus ne sait pas mourir. Il ne peut faire qu'une chose, la volonté de Dieu.

La volonté, la volonté de maîtriser, c'est avoir des plans sur soi. Cela s'oppose au Désir, qui lui s'exerce sur un objet non maîtrisable. On ne peut pas en être propriétaire. Il y a quelque chose à subir. C'est peut être le nÏud où se produit notre souffrance.

Un jeune homme le suivait, n'ayant qu'un drap sur le corps. On l'arrête, mais lui lâchant le drap s'enfuit tout nu. Marc 14 50-52

Entrée dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d'une robe blanche et elles furent saisies de frayeur. Mais il leur dit : " ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est ressuscité. Marc 16 5-6

Dans le texte grec, les deux mots sont identiques. Il était dépouillé de tout. Après être passé par la Passion, l'homme est restauré dans sa dignité. L'Adam nu avait peur. Après la Passion, il est restauré dans sa dignité d'homme.

Avant la Croix, le Christ est triste :

"Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez." (Marc 14,33-34).

A l'inverse, lorsqu'il se sera totalement dépouillé, la joie de Jésus sur la croix sera une joie intense et véritable. C'est pourquoi nul n'a été comme lui.

Subir le réel est différent de la volonté d'être le maître. Jérémie dit à Dieu "Tu m'as eu", il parle d'une douleur intense. Nous sommes amenés à méditer sur les outrages faits à Jésus et sur une clé (le voile du temple qui se déchire) : relire Marc 14 53-65

Le Christ passe ensuite devant Pilate (la force politique, Marc 15,1-15), puis devant Hérode (Le pouvoir et l'argent, Luc 23,6-12).

 

 Souffrance de Dieu

La parole qui donne sens, c'est le "Ceci est mon corps". Il va rentrer dans le silence, silence total. Nous sommes appelés à admirer la beauté du silence de Jésus. Face au pouvoir, Jésus est seul. Il est abandonné de Dieu.

Dans les tourments du mal pour Jésus, Dieu se tait, il s'absente, il n'est pas là. Il ne manifeste aucune émotion. Il n'envoie pas les douze légions d'anges. Dieu pourrait vite venir, mais il ne le fait pas. Dieu qui est le vivant, qui est la vie, comment pourrait-il composer avec le mal. Comment pourrait-il s'y trouver. Comment cela se peut ? Pourrions nous le trouver ? Hors Jésus l'a dit, "Je ne suis jamais seul, le Père est toujours avec moi". C'est donc que Dieu est présent dans le mal, par Jésus, avec Jésus. Le péché, le mal dans lequel Dieu se retrouve.

Il faut oser dire que par Jésus, qu'avec Jésus, Dieu est dans l'absence de Dieu. Il ne peut pas s'y trouver et il est là, quand même, comme amour. Il faut dépasser, avec Pascal, ces philosophes et ces raisonneurs. Dieu n'y est pas comme être, mais comme Amour. Il s'y trouve comme un Désir qui est plus fort que la mort :

Car :

Fort comme la Mort est Amour ;

Inflexible comme l'enfer est jalousie ;

ses flammes sont des flammes ardentes :

un coup de foudre sacré.

Les grandes Eaux ne pourraient éteindre l'Amour

et les Fleuves ne le submergeraient pas.

Cantiques des Cantiques 8 5-7

C'est là le salut de l'homme. Que ce Désir se maintienne dans l'Amour. Que ce Désir d'aimer se maintienne, à travers la fin corporelle, la situation de mort que nous traversons. Que se Désir d'Amour se maintienne. Que ce Désir se maintienne, c'est cela le salut.

Jésus est abandonné de Dieu. Il est Dieu dans l'abandon de Dieu. Il est abandonné par Dieu. En même temps, Dieu s'abandonne entre nos mains, entre les mains des hommes. Il n'est pas spectateur impavide. Il s'abandonne lui même.

Pilate le livre à notre bon plaisir. Dieu s'abandonne comme le fils aux mains des hommes. Il est temps de s'abandonner à Dieu.

L'abandon à Dieu, s'abandonner à Dieu, comme Dieu, c'est s'abandonner en Jésus à nous. S'abandonner à Dieu ? Pour cela, il faut sans doute que nous atteignons la plus grande dépossession. Il n'y a que Jésus qui s'est abandonné le plus, totalement.

A midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à trois heures. Et à trois heures, Jésus cria d'une voix forte : " Eloï, Eloï, lama sabaqthani ? " ce qui signifie : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? " Marc 15 33-34

 

 Joie du Christ en Croix

Jean Luc Marion nous dit : "Ce cri de Jésus pourrait bien être un cri de joie". Le Christ, abandonné de Dieu, vit une dépossession de lui même inimaginable. C'est à ce moment là qu'il réalise, dans sa chair, son être de Fils. Le Fils qui s'abandonne entièrement au Père, quand le Père s'abandonne avec le Fils aux hommes. Le Fils arrive au don absolu de lui même. Il revient enfin à son centre de gravité. La condition humaine l'empêchait d'être à son Père.

Il faut conforter cette lecture du texte.

" Eloï, Eloï, lama sabaqthani ? " ce qui signifie : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? " Certains de ceux qui étaient là disaient en l'entendant : " Voilà qu'il appelle Elie ! " Marc 15 34-35

Il y a là mélange entre l'hébreu et l'araméen. Eli Eli -> prophète qui va revenir pour l'ultime révélation de Dieu. Jésus a dit quelque chose en araméen. Mais il ne s'agit pas de la parole du Psaume 22 (21):

Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné ?

J'ai beau rugir, mon salut reste loin.

Le jour, j'appelle, et tu ne réponds pas, mon Dieu ;

la nuit, et je ne trouve pas le repos. (Psaume 22,2-3)

(....)

Tu m'as répondu !

Je vais redire ton nom à mes frères

et te louer en pleine assemblée :

Vous qui craignez le seigneur, louez le !

Vous tous, race de Jacob, glorifiez le !

Vous tous, race d'Israël, redoutez le ! (id. 22, 22-24)

 

Dans son esprit et, on ne peut mieux, dans l'ensemble du texte, Marc veut dire que l'état de l'âme de Jésus, c'est l'ensemble du Psaume.

Le son "Eliata" peut être coupé de deux manières "Eli &emdash; ata", ce qui veut dire "Mon Dieu c'est toi " et "Elia &emdash; ta" qui veut dire : "Mon Dieu, je t'en supplie"

Souvenons-nous du texte de Jean, qui rappelle les paroles du Christ, au moment de la Cène, la veille de sa Passion :

Lorsque la femme enfante, elle est dans l'affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de son accablement, elle est toute à la joie d'avoir mis un homme au monde. C'est ainsi que vous êtes maintenant dans l'affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre coeur alors se réjouira et cette joie, nul ne vous la ravira. Jean 16 21-24

 

Le voile se déchire et Dieu apparaît dans sa nudité

Relisons, maintenant le texte de Marc :

Mais, poussant un grand cri, Jésus expira. Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux du haut en bas. Le centurion qui se tenait devant lui, voyant qu'il avait expiré, dit : "Vraiment cet homme était Fils de Dieu " Marc 15 37-38

Marc est le seul à insister sur la déchirure du voile du Temple. S'il insiste, c'est qu'il veut nous dire quelque chose. Juste après la mort, il parle du voile du sanctuaire. Alors le temple est loin d'être éloigné de la passion du Christ :

"Moi, je détruirai ce sanctuaire, fait de main d'homme et, en trois jours, j'en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d'homme"." Marc 14 58

Souvenons nous de la tentative de purification du Temple, par le Christ, lorsqu'il chasse les marchands du Temple.

Saint Matthieu ajoute des phrases sur les morts qui ressuscitent, en guise d'anticipation du jugement dernier :

Et voici que le voile du Sanctuaire se déchira en deux du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent ; les tombeaux s'ouvrirent, les corps de nombreux saints défunts ressuscitèrent,.... Matthieu 27, 51-54

Marc reste sur la déchirure.

Les juifs ne prononcent plus le nom de Dieu. Seul le grand prêtre peut prononcer le nom de Dieu. Mais depuis la destruction du Temple, en 70, le nom de Dieu c'est perdu et il n'y a plus de sacerdoce en Israël, mais des rabbins, c'est à dire des laïcs (judaïsme rabbinique).

Rappelons les phrases de Jésus, en réponse à la question du grand prêtre :

"Es tu le Messie, le fils du Dieu béni ?" Jésus dit : " Je le suis, et vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant avec les nuées du Ciel." Marc 14 60-62

Le secret de Jésus avait été lourdement maintenu. Il impose le silence sur son identité :

Pierre lui répond : "Tu es le Christ [Jésus]." Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne. Marc 8 28-30

Le secret est maintenant clairement dévoilé. Il n'y a plus de voile. "Je le suis et vous verrez,..." Au moment de l'heure.

Il était neuf heures quand ils le crucifièrent Marc 15 25

A midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à trois heures.Marc 15 33

Et à trois heures, Jésus cria d'une voix forte : " Eloï, Eloï, lama sabaqthani ? " Marc 15 34

On arrive à l'heure du dévoilement. Le titre donné par Pierre : "Tu es Jésus" est repris dans Philippiens 2

C'est pourquoi Dieu la souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse Philippiens 2 6-10

Le Christ a fait le vide de lui même, il s'est ligoté, abaissé. Ce n'est qu'à ce moment là, que le secret s'est révélé. Une révélation sans équivoque de Dieu. Alors le voile qui protégeait Dieu du regard des hommes s'est déchiré. Il n'a plus lieu d'être.

Dieu : C'est l'être le plus petit et le plus faible que je connaisse. (Rainer Maria Rilke)

On comprend la réaction du grand prêtre et les rapports de Jésus avec les autorités religieuses. Jésus pardonnait les péchés, Jésus établissait une communion avec les pécheurs. On accusait Jésus d'une équivoque, d'une confusion, comme s'il était Dieu.

Jésus le fait de manière excessive. Ce n'est pas conforme aux normes, à la bonne direction officielle. On peut comprendre l'incompréhension de ceux qui passent devant Jésus.

Les passants l'insultaient, hochant la tête " Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve toi toi-même. Les grands prêtres avec les scribes se moquaient entre eux : "Il en a sauvé d'autres, il ne peut pas se sauver lui même, le Messie, le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix pour que nous voyons et que nous croyons !" Ceux qui étaient crucifiés avec lui l'injuriaient. Marc 15 29-30

Si Jésus s'était conformé, ajusté au souci de tous, s'il s'était conformé au messie glorieux, alors ils auraient cru. L'ennui c'est que Jésus va jusqu'au bout de son affirmation de Dieu. Il va jusqu'à l'abaissement, la faiblesse et le vide :

Il s'est dépouillé, prenant la condition de Serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme : il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix. Philippiens 2 8-9

 

 L'amour qui affirme l'abaissement :

Aimer la vérité signifie supporter le vide et, par suite, accepter la mort. (S. Weil)

 

"Dieu est le très bas" dit Ch. Bobin. C'est intolérable, c'est insupportable pour les juifs, c'est la vérité de l'enfant. L'enfant est souverain dans le royaume, l'enfant qui n'est rien, abaissé, anéanti, dépouillé de tout, à la différence de l'homme fort qui défait son adversaire.

Ce Dieu anéanti, abaissé, qui ne fait rien, qui ne maîtrise rien. "Que fait le bon Dieu ?", dit-on souvent. Réaction incrédule.

C'est à ce moment là qu'il est le prophète. Les outrages faits à Jésus :

Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, à lui couvrir le visage, à lui donner des coups et à lui dire : " Fais le prophète ! " Et les serviteurs le reçurent avec des gifles. Marc 14 65

et racontés par Marc, introduisent la vraie question. Il ne s'agit pas de devinettes. "Fais le prophète" veut dire pour eux Ðdit nous Dieu".

Le voile du Temple qui se déchire. Il faut faire un parallèle avec le geste du grand prêtre qui déchirait ses vêtements en signe de condamnation et de deuil. Le voile qui se déchire de haut en bas traduit la déchirure totale, la destruction totale du Temple. Il faut mettre les trois textes suivants en parallèle :

* Comme Jésus s'en allait du Temple, un de ces disciples lui dit : "Maître, regarde : quelles pierres, quelles
constructions ! " Jésus lui dit : " Tu vois ces grandes constructions ! Il ne restera pas pierre sur pierre :
tout sera détruit."
Marc 13 1-2

* On aurait bien pu vendre ce parfum là plus de trois cents pièces d'argent et les donner aux pauvres ! "
Et ils s'irritaient contre elle. Mais Jésus dit : " Laissez la, pourquoi la tracasser ?
C'est une bonne oeuvre qu'elle vient d'accomplir à mon égard. Des pauvres, en effet,
vous en aurez toujours avec vous, et quand vous voulez, vous pourrez leur faire du bien.
Mais moi vous ne m'avez pas pour toujours. Ce qu'elle pouvait faire, elle la fait :
d'avance elle a parfumé mon corps pour l'ensevelissement. (
Marc 14 3-8)

* Les passants l'insultaient hochant la tête "
Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve toi toi-même.
Marc 15 29

Lorsque Dieu bâtit, on parle de consécration, lorsque l'on abandonne une église, on parle de désécration. La déchirure du voile signifie la désécration du Temple. Il est devenu un lieu profane. Le voile signifiait l'interdiction de pouvoir accéder à Dieu. Maintenant, il n'y a plus d'obstacle. Ils peuvent aller à Dieu, entrer en communion avec Dieu. Dieu se donne comme présence. Si l'on découvre le voile, il n'y a rien. Or le rien ne peut pas être représenté. Le rien, ce dont on ne doit pas faire un objet. Dieu est pure présence :

Après le tremblement de terre, il y eut un feu; le Seigneur n'était pas dans le feu. Et après le feu le bruissement d'un souffle ténu [le silence qui suit une brise légère]. Alors en l'entendant, Elie se voila le visage avec son manteau ; il sortit et se tint à l'entrée de la caverne. (1 Rois 19,12-13 -

 

  

 Dieu n'est qu'Amour

Dieu est pure présence, présence au Désir qui souffre le poids du réel. Présence à Jésus. Lui le premier et nous ensuite. C'est à ce moment là que l'on peut saisir la vérité de l'abandon de soi-même. C'est que l'amour se sert de cette péripétie malheureuse pour vivre pleinement comme Amour, pour se donner totalement. C'est le déploiement extrême:

Fort comme la Mort est Amour ;

(...)

Les grandes Eaux ne pourraient éteindre l'Amour

et les Fleuves ne le submergeraient pas.

Cantiques des Cantiques 8 6-7

L'Amour tire fruit de tout, l'Amour s'approprie tout, car il ne possède rien. Relisons Saint-Paul :

Mais ce trésor, nous le portons dans les vases d'argile, pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous. Pressés de toute part, nous ne sommes pas écrasés; dans des impasses, mais nous arrivons à passer : pourchassés, mais non rejoints : terrassés, mais non achevés ; sans cesse nous portons dans notre corps l'agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit, elle aussi, manifestée dans notre existence mortelle. Ainsi la mort est à l'Ïuvre en nous, mais la vie en vous. 2 Cor 4 7-12

Inconnus et pourtant bien connus, moribonds et pourtant nous vivons châtiés sans être exécutés, attristés mais toujours joyeux, pauvres, et faisant bien des riches, n'ayant rien, nous qui pourtant possédons tout. 2 Cor 6 9-10

 

 La révélation du mystère caché.

Jésus vint de Nazareth en Galilée et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain. A l'instant où il remontait de l'eau, il vit les cieux se déchirer et l'Esprit, comme une colombe, descendre sur lui. Et des cieux vint une voix : " Tu es mon Fils bien-aimé, il m'a plu de te choisir " Marc 1 9-11

"C'est un feu que je suis venu apporter sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé ! C'est un baptême que j'ai à recevoir, et comme cela me pèse jusqu'à ce qu'il soit accompli ! " Luc 12 49-50

Il y a implicitement une identification entre Jésus et le Temple. En Jésus se trouve la plénitude de la divinité. La déchirure du voile nous fait comprendre que la déchirure de la chair n'est plus opaque. Il y avait un écran et voilà le voile de la chair qui se déchire. Ce n'est plus un obstacle à voir. L'être chair de Jésus devient compréhensible. La chair blessée et souffrante est révélation d'invisible, comme le pain brisé est nourriture de l'âme.

 La chair de Jésus est révélatrice d'invisible.

 "Mes biens aimés, aimons nous les uns les autres,

car l'Amour vient de Dieu et quiconque aime est né de Dieu et parvient à la connaissance de Dieu."

Qui n'aime pas n'a pas découvert Dieu, puisque Dieu est Amour.

Voici comment s'est manifesté l'Amour de Dieu au milieu de nous : Dieu a envoyé son Fils unique dans le monde, afin que nous vivions par lui.

Voici ce qu'est l'Amour ; ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, c'est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime d'expiation pour nos péchés.

Mes biens aimés, si Dieu nous a aimés ainsi, nous devons, nous aussi, nous aimer les uns les autres.

Dieu, nul ne l'a jamais contemplé. Si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et son Amour, en nous est accompli.

A ceci nous reconnaissons que nous demeurons en lui et lui en nous : il nous a donnés de son Esprit. Et nous, nous témoignons, pour l'avoir contemplé, que le Père a envoyé son Fils comme Sauveur du monde.

Quiconque confesse que Jésus est le fils de Dieu, Dieu demeure en lui et lui en Dieu. Et nous, nous connaissons, pour y avoir cru, l'Amour que Dieu manifeste au milieu de nous.

Dieu est Amour [Agape]: qui demeure dans l'Amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui. 1° Jean 4 7-16

 

 L'Amour prend patience, l'Amour rend service, (...)

Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout.
L'Amour ne disparaît jamais. (...) L'Amour est le plus grand. (
1 Cor 13 4,7-8,13)

 

 Jusqu'à ce jour, lorsqu'on lit l'Ancien Testament, ce même voile demeure.

Il n'est pas levé, car c'est en Christ qu'il disparaît. Oui, jusqu'à ce jour, chaque fois qu'ils lisent Moïse, un voile est sur leur coeur. C'est seulement par la conversion au Seigneur que le voile tombe. Car le Seigneur est l'Esprit, et là où est l'Esprit du Seigneur, là est la liberté. Et nous tous qui, le visage dévoilé, reflétons la gloire du Seigneur, nous sommes transfigurés en cette même image, avec une gloire toujours plus grande, par le Seigneur qui est Esprit. (2 Cor 3 14-18)

Moïse mettait un voile sur son visage. Lorsque qu'ils ont outragé Jésus, ils ont également mis un voile sur son visage (cf plus haut Marc 14,65). Ils ne peuvent supporter cette révélation de l'Amour de Dieu. Au moment de la mort, le voile est enlevé. Ils ne peuvent soutenir le regard et la parole de Jésus.

Comme le dit un mystique du XIV° : "Dieu est au-delà de Dieu" L'Amour de Dieu est au-delà de toute idée que nous pouvons avoir de Dieu.

Dieu est pourtant reconnaissable par un homme ordinaire :

Le centurion, qui se tenait devant lui, voyant qu'il avait expiré, dit :

"Vraiment cet homme était fils de Dieu" Marc 15,39

Ecoutons les paroles du Christ dans Saint Jean :

" Le Père m'aime parce que je me dessaisis de ma vie pour la reprendre en suite. Personne ne me l'enlève mais je m'en dessaisis de moi même; j'ai le pouvoir de m'en dessaisir et j'ai le pouvoir de la reprendre : tel est le commandement que j'ai reçu de mon Père." Jean 10 17-18

Il s'agit de ce que l'on appelle la kénose (kénos, se vider), c'est à dire l'abaissement de Jésus :

Il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix. Philippiens 2 7

Dans l'abaissement de Jésus, on perçoit l'abaissement de Dieu. Cette vision diffère totalement de l'idée d'un Père "sadique" regardant la souffrance de son fils sans y participer.

Cette idée est récente. Elle ressort des écrits d'Urs von Balthasar ou de F. Varillon dans "l'humilité de Dieu". Les premiers siècles ne pouvaient pas saisir cela. Urs von Balthasar dit à ce sujet : "L'Amour seul est digne de foi". C'est justement dans la kénose du Christ et en elle seule, qu'apparaît le mystère ultime de l'Amour de Dieu, qui en lui même est Amour, et par conséquent trinitaire :

Qui n'aime pas n'a pas découvert Dieu, puisque Dieu est Amour. 1 Jean 4 8

L'abaissement de Dieu est trinitaire. L'Eglise a posé que Dieu était impassible en lui même (concile de Constantinople). Il a dit que Dieu était invariant, non atteint par quoique ce soit. Il faut remettre cette affirmation dans le contexte du concile de Constantinople. De cette affirmation, on en a dérivé un portrait de Dieu sadique.

Nous sommes dans la souffrance et Dieu n'est pas là. Si Dieu est incapable de souffrir c'est qu'il est incapable d'aimer. Si Dieu n'est pas affecté, touché, blessé par quelqu'un, c'est qu'il est incapable d'aimer. C'est une trouvaille des théologiens de notre siècle que de trouver que Dieu est passible, qu'il peut souffrir, par passion d'aimer, qu'il consent à être affecté.

Aimer quelqu'un c'est consentir à être déçu par lui (C. Bobin, Le très-bas)

Dieu souffre car il aime. Mais sa souffrance ne vient pas d'un manque mais d'un Amour. Dieu consent à cette passion, à cette souffrance, à cette dérilection. Dieu s'abandonne aux mains des hommes. Mais, s'il le fait, c'est pour la joie de retrouver :

" Lequel d'entre vous, s'il a cent brebis et qu'il en perd une, ne laisse pas les 99 autres dans le désert pour aller à la recherche de celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il l'ait retrouvée ? Et quand il l'a retrouvé, il la charge tout joyeux sur ses épaules, et, de retour à la maison, il réunit ses amis et ses voisins et leur dit, " Réjouissez vous avec moi, car je l'ai retrouvé, ma brebis qui était perdue !"

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Ou encore cette femme, si elle a dix pièces d'argent et qu'elle en perde une, n'allume pas une lampe, ne balaie la maison et ne cherche avec soin jusqu'à ce qu'elle l'ait retrouvée ! Et quand elle l'a retrouvée, elle réunit ses amies et ses voisines, et leur dit : " Réjouissez vous avec moi, car je l'ai retrouvée, la pièce que j'avais perdue !" C'est ainsi, je vous le déclare, qu'il y a de la joie chez les anges de Dieu pour un seul pécheur qui se convertit."

(....)

Il alla vers son Père. Comme il était encore loin, son Père l'aperçut et fut pris de pitié. Il courut se jeter à son cou et le couvrit de baiser. Le fils lui dit : " Père, j'ai péché envers le ciel et contre toi : je ne mérite plus d'être appelé ton fils..." Mais le père dit à ses serviteurs : " Vite, apportez la plus belle robe, et habillez le : Mettez-lui un anneau au doigt, des sandales aux pieds. Amenez le veau gras, tuez le, mangeons et festoyons, car mon fils que voici était mort et il est revenu à la vie, il était perdu et il est retrouvé." Luc 153-6, 8-9, 20-24

Si Dieu consent à cette passion c'est pour le salut des hommes :

"Dieu, en effet, a tant aimé le monde, qu'il a donné son fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle." Jean 3 16

Il a plus de joie pour un seul pécheur qui se convertit que pour 99. (Luc 15)

"Non pour qu'il périsse, mais pour qu'il aie la vie éternelle" (Jean 6)

"Que ta volonté soit faite", dit-on dans le Notre Père. C'est cela qui fait sa joie.

S'agit-il d'un mauvais moment à passer pour Dieu ? Non c'est une nécessité. Car il est nécessaire de souffrir, c'est un moment momentané, transitoire, un élan de ténèbres inévitables dans un élan de souffrance.

"Même ce qui est ténèbres est lumière" 1 Jean 15

"Pour toi, même la nuit est lumière", dit le psaume 139.

 

Les couples se défont souvent, quand c'est la mort de l'amour. Maintenir le Désir d'aimer, par la fidélité, c'est cela le Salut.

"Bienheureux les pauvres, les persécutés, ...", tous ceux qui traversent un temps de ténèbres, c'est là qu'est la joie. Il n'y a pas de joie profonde sans un abandon. Il nous faut abandonner notre instinct de maîtriser et de posséder toute chose, abandonner notre instinct d'être en sécurité.

 

La suite est en travaux (relecture, merci de votre compréhension...)

La suite

 
 
   

 

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