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Compléments aux Commentaires de l'évangile de Marc
Quelques textes du Nouveau et de l'Ancien Testament et quelques notes personnelles
Genèse 2
23- Alors celui-ci s'écria : Pour le coup, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair !
Celle-ci sera appelée femme, car elle fut tirée de l'homme, celle-ci !
24- C'est pourquoi l'homme quitte son père et sa mère et s'attache à sa femme,
et ils deviennent une seule chair.
25- Or tous deux étaient nus, l'homme et sa femme, et ils n'avaient pas honte l'un devant l'autre.
(Retour vers Marc 10,8)
Philippiens 2
6 - Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu.
7 - Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes.
S'étant comporté comme un homme,
8 - il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix !
9 - Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom,
10 - pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers,
11 - et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père.
(Retour vers Marc 10,45)
Jean 15
1- " Je suis la vigne véritable et mon Père est le vigneron.
2- Tout sarment en moi qui ne porte pas de fruit, il l'enlève, et tout sarment qui porte du fruit, il l'émonde, pour qu'il porte encore plus de fruit.
3- Déjà vous êtes purs grâce à la parole que je vous ai fait entendre.
4- Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut de lui-même porter du fruit s'il ne demeure pas sur la vigne, ainsi vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi. Jn
5- Je suis la vigne ; vous, les sarments. Celui qui demeure en moi, et moi en lui, celui-là porte beaucoup de fruit ; car hors de moi vous ne pouvez rien faire."
(Retour vers Marc 12)
Méditation sur la passion du Christ
(notes personnelles)
Il n'y a pas de vérité humaine, à ce titre, ces pages ne font qu'exprimer une méditation et une recherche. D'autres points de vue plus éclairés peuvent être donnés...
Quelques lectures : Jésus-Christ unique médiateur (P. Sesboué)
Pâques, le mystère (Hans Urs von Balthasar)
Le Christ souffrant est un Christ aimant
Relisons le pape Jean Paul II :
"En outre, Jésus révèle, par sa vie même et non seulement par ses paroles, que la liberté s'accomplit dans l'Amour, c'est à dire dans le don de soi. Lui qui dit : "nul n'a plus grand Amour que celui-ci : donner sa vie pour ses amis " (Jn 15,13) marche librement vers sa passion (cf Mt 26,46) et dans son obéissance au Père, il livre sa vie sur la croix pour tous les hommes (cf Philippiens 2, 6-11 ).
"La contemplation de Jésus crucifié est donc la voie royale sur laquelle l'Eglise doit avancer chaque jour, si elle veut comprendre tout le sens de la liberté : le don de soi dans le service de Dieu et de ses frères.
"Et la communion avec le Seigneur crucifié est la source intarissable à laquelle l'Eglise puise, sans cesse, pour vivre librement, se donner et servir.
"En commentant ce verset du Psaume 100/99 " Servez le Seigneur dans l'allégresse", Saint Augustin dit : "Dans la maison du Seigneur, l'esclavage est libre. L'esclavage est libre, lorsque ce n'est pas la contrainte mais la charité qui sert... Que la charité te rende esclave, puisque la vérité t'a rendu libre... Tu es en même temps esclave et homme libre : esclave, car tu l'es devenu ; homme libre, car tu es aimé de Dieu, ton créateur ; bien plus, tu es libre parce que tu aimes ton créateur... Tu es l'esclave du Seigneur, l'affranchi du Seigneur. Ne cherche pas à être libéré en t'éloignant de la maison de ton libérateur !"
"Ainsi l'Eglise et tout chrétien en elle, est appelée à participer au munus regale (trésor royal) du Christ en Croix (cf Jn 12,32), à la grâce et à la responsabilité du Fils de l'homme qui "n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour une multitude" (Mt 20,28).
"Jésus est donc la synthèse vivante et personnelle de la liberté parfaite dans l'obéissance totale à la volonté de Dieu. Son corps crucifié est la pleine révélation du lien indissoluble entre la liberté et la vérité, de même que sa résurrection des morts est la suprême exaltation de la fécondité et de la force salvifique d'une liberté vécue dans la vérité."
Le Christ révèle l'absolu de Dieu. Il n'est pas surpris par les événements. Il n'est pas déconcerté par ce qui arrive. Ce qui va arriver arrivera. Jésus veut. Il ne le provoque pas mais il s'engage dans les événements, avec toute l'énergie de son âme. Il ne met pas de restriction, pas de repentir.
Il faut relire, à ce niveau, Jean 18 :
"Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s'avança et leur dit : " qui cherchez-vous ? ". Ils lui répondirent : "Jésus le Nazaréen". Il leur dit "c'est moi". Or, parmi eux se tenait Judas qui le livrait,...."
La compréhension de l'acte libre, au-delà d'un esclavage ou d'une aliénation apparente passe par la méditation du récit de la Passion du Christ.
Souffrance du Désir
On note la souffrance de son Désir. Il subit les limites de sa condition humaine, de sa condition corporelle. Il ne peut pas y avoir de Désir sans souffrance. Celui qui veut éviter la souffrance veut éviter d'aimer. Il ne se confie qu'à lui même, il refuse de s'en remettre à un autre. Refuser la souffrance, c'est ne pas vouloir aimer.
Laissons le texte parler (2° Episode de la passion après le repas Pascal) :
De nouveau, il s'éloigna et pria, en répétant les mêmes paroles. Puis, de nouveau, il vint et les trouva en train de dormir, car leurs yeux étaient appesantis. Et ils ne savaient pas que lui dire. Pour la troisième fois, il vient ; il leur dit : " continuez à dormir et reposez-vous ! C'en est fait. L'heure est venue : voici que le fils de l'homme est livré aux mains des pécheurs. Levez vous ! Allons ! Voici qu'est arrivé celui qui me livre." (Marc 14 39-42)
Jésus regarde sa mort en face. Elle ne le surprend pas. Il le sait. Il l'avait dit et réintégré (cf Marc 14 3-9).
Comme disait le cardinal Newmann : Jésus entre dans la mort avec toute sa liberté et sa présence d'esprit. On retrouve la phrase de la deuxième prière Eucharistique : "Au moment d'entrer librement dans sa passion".
A Géthsémani, il va cependant souffrir d'une solitude extrême. Tous, ils vont être hors du jeu, en marge du mystère ; "leurs yeux étaient appesantis de sommeil" (Marc 14,40)
On retrouve le sommeil d'Abraham, le sommeil de Joseph (avant l'Alliance et la révélation). Ils ne tombent pas endormis par négligence mais c'est Dieu lui même qui les met à l'écart. Pascal dira "Jésus est seul dans la Terre" Dieu est le seul qui ressente et qui partage. C'est le moment extrême de l'Amour le plus grand.
Aimer purement, c'est consentir à la distance, c'est adorer la distance entre soi et ce qu'on aime, posséder c'est souiller (S. Weil).
Géthsémani : plus grande est la solitude, plus grand est l'Amour. Jésus se donne et s'abandonne. Il abandonne sa volonté. Il perd prise. Quand on aime, il y a toujours quelque chose à perdre. Il faut consentir de ne plus être maître de la situation, perdre la volonté de maîtriser.
L'abandon du Christ
Jésus abandonne cette volonté de maîtriser le cours des choses. Même s'il abandonne cette maîtrise, il ne cède en rien sur son Désir. Secret inviolable et obscur. "Non ce que je veux mais ce que tu veux". Ce que Dieu veut c'est que je désire. Dieu sait ce qu'il veut mais nous ne le savons pas. Ce que Dieu veut, Jésus Humain ne le surplombe pas. Jésus ne sait pas mourir. Il ne peut faire qu'une chose, la volonté de Dieu.
La volonté, la volonté de maîtriser, c'est avoir des plans sur soi. Cela s'oppose au Désir, qui lui s'exerce sur un objet non maîtrisable. On ne peut pas en être propriétaire. Il y a quelque chose à subir. C'est peut être le nŠud où se produit notre souffrance.
Un jeune homme le suivait, n'ayant qu'un drap sur le corps. On l'arrête, mais lui lâchant le drap s'enfuit tout nu. Marc 14 50-52
Entrée dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme, vêtu d'une robe blanche et elles furent saisies de frayeur. Mais il leur dit : " ne vous effrayez pas. Vous cherchez Jésus de Nazareth, le crucifié : il est ressuscité. Marc 16 5-6
Dans le texte grec, les deux mots sont identiques. Il était dépouillé de tout. Après être passé par la Passion, l'homme est restauré dans sa dignité. L'Adam nu avait peur. Après la Passion, il est restauré dans sa dignité d'homme.
Avant la Croix, le Christ est triste :
"Mon âme est triste à en mourir. Demeurez ici et veillez." (Marc 14,33-34).
A l'inverse, lorsqu'il se sera totalement dépouillé, la joie de Jésus sur la croix sera une joie intense et véritable. C'est pourquoi nul n'a été comme lui.
Subir le réel est différent de la volonté d'être le maître. Jérémie dit à Dieu "Tu m'as eu", il parle d'une douleur intense. Nous sommes amenés à méditer sur les outrages faits à Jésus et sur une clé (le voile du temple qui se déchire) : relire Marc 14 53-65
Le Christ passe ensuite devant Pilate (la force politique, Marc 15,1-15), puis devant Hérode (Le pouvoir et l'argent, Luc 23,6-12).
Souffrance de Dieu
La parole qui donne sens, c'est le "Ceci est mon corps". Il va rentrer dans le silence, silence total. Nous sommes appelés à admirer la beauté du silence de Jésus. Face au pouvoir, Jésus est seul. Il est abandonné de Dieu.
Dans les tourments du mal pour Jésus, Dieu se tait, il s'absente, il n'est pas là. Il ne manifeste aucune émotion. Il n'envoie pas les douze légions d'anges. Dieu pourrait vite venir, mais il ne le fait pas. Dieu qui est le vivant, qui est la vie, comment pourrait-il composer avec le mal. Comment pourrait-il s'y trouver. Comment cela se peut ? Pourrions nous le trouver ? Hors Jésus l'a dit, "Je ne suis jamais seul, le Père est toujours avec moi". C'est donc que Dieu est présent dans le mal, par Jésus, avec Jésus. Le péché, le mal dans lequel Dieu se retrouve.
Il faut oser dire que par Jésus, qu'avec Jésus, Dieu est dans l'absence de Dieu. Il ne peut pas s'y trouver et il est là, quand même, comme amour. Il faut dépasser, avec Pascal, ces philosophes et ces raisonneurs. Dieu n'y est pas comme être, mais comme Amour. Il s'y trouve comme un Désir qui est plus fort que la mort :
Car :
Fort comme la Mort est Amour ;
Inflexible comme l'enfer est jalousie ;
ses flammes sont des flammes ardentes :
un coup de foudre sacré.
Les grandes Eaux ne pourraient éteindre l'Amour
et les Fleuves ne le submergeraient pas.
Cantiques des Cantiques 8 5-7
C'est là le salut de l'homme. Que ce Désir se maintienne dans l'Amour. Que ce Désir d'aimer se maintienne, à travers la fin corporelle, la situation de mort que nous traversons. Que se Désir d'Amour se maintienne. Que ce Désir se maintienne, c'est cela le salut.
Jésus est abandonné de Dieu. Il est Dieu dans l'abandon de Dieu. Il est abandonné par Dieu. En même temps, Dieu s'abandonne entre nos mains, entre les mains des hommes. Il n'est pas spectateur impavide. Il s'abandonne lui même.
Pilate le livre à notre bon plaisir. Dieu s'abandonne comme le fils aux mains des hommes. Il est temps de s'abandonner à Dieu.
L'abandon à Dieu, s'abandonner à Dieu, comme Dieu, c'est s'abandonner en Jésus à nous. S'abandonner à Dieu ? Pour cela, il faut sans doute que nous atteignons la plus grande dépossession. Il n'y a que Jésus qui s'est abandonné le plus, totalement.
A midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à trois heures. Et à trois heures, Jésus cria d'une voix forte : " Eloï, Eloï, lama sabaqthani ? " ce qui signifie : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? " Marc 15 33-34
Joie du Christ en Croix
Jean Luc Marion nous dit : "Ce cri de Jésus pourrait bien être un cri de joie". Le Christ, abandonné de Dieu, vit une dépossession de lui même inimaginable. C'est à ce moment là qu'il réalise, dans sa chair, son être de Fils. Le Fils qui s'abandonne entièrement au Père, quand le Père s'abandonne avec le Fils aux hommes. Le Fils arrive au don absolu de lui même. Il revient enfin à son centre de gravité. La condition humaine l'empêchait d'être à son Père.
Il faut conforter cette lecture du texte.
" Eloï, Eloï, lama sabaqthani ? " ce qui signifie : " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? " Certains de ceux qui étaient là disaient en l'entendant : " Voilà qu'il appelle Elie ! " Marc 15 34-35
Il y a là mélange entre l'hébreu et l'araméen. Eli Eli -> prophète qui va revenir pour l'ultime révélation de Dieu. Jésus a dit quelque chose en araméen. Mais il ne s'agit pas de la parole du Psaume 22 (21):
Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as tu abandonné ?
J'ai beau rugir, mon salut reste loin.
Le jour, j'appelle, et tu ne réponds pas, mon Dieu ;
la nuit, et je ne trouve pas le repos. (Psaume 22,2-3)
(....)
Tu m'as répondu !
Je vais redire ton nom à mes frères
et te louer en pleine assemblée :
Vous qui craignez le seigneur, louez le !
Vous tous, race de Jacob, glorifiez le !
Vous tous, race d'Israël, redoutez le ! (id. 22, 22-24)
Dans son esprit et, on ne peut mieux, dans l'ensemble du texte, Marc veut dire que l'état de l'âme de Jésus, c'est l'ensemble du Psaume.
Le son "Eliata" peut être coupé de deux manières "Eli &emdash; ata", ce qui veut dire "Mon Dieu c'est toi " et "Elia &emdash; ta" qui veut dire : "Mon Dieu, je t'en supplie"
Souvenons-nous du texte de Jean, qui rappelle les paroles du Christ, au moment de la Cène, la veille de sa Passion :
Lorsque la femme enfante, elle est dans l'affliction puisque son heure est venue ; mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus de son accablement, elle est toute à la joie d'avoir mis un homme au monde. C'est ainsi que vous êtes maintenant dans l'affliction ; mais je vous verrai à nouveau, votre coeur alors se réjouira et cette joie, nul ne vous la ravira. Jean 16 21-24
Le voile se déchire et Dieu apparaît dans sa nudité
Relisons, maintenant le texte de Marc :
Mais, poussant un grand cri, Jésus expira. Et le voile du Sanctuaire se déchira en deux du haut en bas. Le centurion qui se tenait devant lui, voyant qu'il avait expiré, dit : "Vraiment cet homme était Fils de Dieu " Marc 15 37-38
Marc est le seul à insister sur la déchirure du voile du Temple. S'il insiste, c'est qu'il veut nous dire quelque chose. Juste après la mort, il parle du voile du sanctuaire. Alors le temple est loin d'être éloigné de la passion du Christ :
"Moi, je détruirai ce sanctuaire, fait de main d'homme et, en trois jours, j'en bâtirai un autre, qui ne sera pas fait de main d'homme"." Marc 14 58
Souvenons nous de la tentative de purification du Temple, par le Christ, lorsqu'il chasse les marchands du Temple.
Saint Matthieu ajoute des phrases sur les morts qui ressuscitent, en guise d'anticipation du jugement dernier :
Et voici que le voile du Sanctuaire se déchira en deux du haut en bas ; la terre trembla, les rochers se fendirent ; les tombeaux s'ouvrirent, les corps de nombreux saints défunts ressuscitèrent,.... Matthieu 27, 51-54
Marc reste sur la déchirure.
Les juifs ne prononcent plus le nom de Dieu. Seul le grand prêtre peut prononcer le nom de Dieu. Mais depuis la destruction du Temple, en 70, le nom de Dieu c'est perdu et il n'y a plus de sacerdoce en Israël, mais des rabbins, c'est à dire des laïcs (judaïsme rabbinique).
Rappelons les phrases de Jésus, en réponse à la question du grand prêtre :
"Es tu le Messie, le fils du Dieu béni ?" Jésus dit : " Je le suis, et vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite du Tout-Puissant et venant avec les nuées du Ciel." Marc 14 60-62
Le secret de Jésus avait été lourdement maintenu. Il impose le silence sur son identité :
Pierre lui répond : "Tu es le Christ [Jésus]." Et il leur commanda sévèrement de ne parler de lui à personne. Marc 8 28-30
Le secret est maintenant clairement dévoilé. Il n'y a plus de voile. "Je le suis et vous verrez,..." Au moment de l'heure.
Il était neuf heures quand ils le crucifièrent Marc 15 25
A midi, il y eut des ténèbres sur toute la terre jusqu'à trois heures.Marc 15 33
Et à trois heures, Jésus cria d'une voix forte : " Eloï, Eloï, lama sabaqthani ? " Marc 15 34
On arrive à l'heure du dévoilement. Le titre donné par Pierre : "Tu es Jésus" est repris dans Philippiens 2
C'est pourquoi Dieu la souverainement élevé et lui a conféré le Nom qui est au dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse Philippiens 2 6-10
Le Christ a fait le vide de lui même, il s'est ligoté, abaissé. Ce n'est qu'à ce moment là, que le secret s'est révélé. Une révélation sans équivoque de Dieu. Alors le voile qui protégeait Dieu du regard des hommes s'est déchiré. Il n'a plus lieu d'être.
Dieu : C'est l'être le plus petit et le plus faible que je connaisse. (Rainer Maria Rilke)
On comprend la réaction du grand prêtre et les rapports de Jésus avec les autorités religieuses. Jésus pardonnait les péchés, Jésus établissait une communion avec les pécheurs. On accusait Jésus d'une équivoque, d'une confusion, comme s'il était Dieu.
Jésus le fait de manière excessive. Ce n'est pas conforme aux normes, à la bonne direction officielle. On peut comprendre l'incompréhension de ceux qui passent devant Jésus.
Les passants l'insultaient, hochant la tête " Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve toi toi-même. Les grands prêtres avec les scribes se moquaient entre eux : "Il en a sauvé d'autres, il ne peut pas se sauver lui même, le Messie, le roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix pour que nous voyons et que nous croyons !" Ceux qui étaient crucifiés avec lui l'injuriaient. Marc 15 29-30
Si Jésus s'était conformé, ajusté au souci de tous, s'il s'était conformé au messie glorieux, alors ils auraient cru. L'ennui c'est que Jésus va jusqu'au bout de son affirmation de Dieu. Il va jusqu'à l'abaissement, la faiblesse et le vide :
Il s'est dépouillé, prenant la condition de Serviteur, devenant semblable aux hommes, et, reconnu à son aspect comme un homme : il s'est abaissé, devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix. Philippiens 2 8-9
L'amour qui affirme l'abaissement :
Aimer la vérité signifie supporter le vide et, par suite, accepter la mort. (S. Weil)
"Dieu est le très bas" dit Ch. Bobin. C'est intolérable, c'est insupportable pour les juifs, c'est la vérité de l'enfant. L'enfant est souverain dans le royaume, l'enfant qui n'est rien, abaissé, anéanti, dépouillé de tout, à la différence de l'homme fort qui défait son adversaire.
Ce Dieu anéanti, abaissé, qui ne fait rien, qui ne maîtrise rien. "Que fait le bon Dieu ?", dit-on souvent. Réaction incrédule.
C'est à ce moment là qu'il est le prophète. Les outrages faits à Jésus :
Quelques-uns se mirent à cracher sur lui, à lui couvrir le visage, à lui donner des coups et à lui dire : " Fais le prophète ! " Et les serviteurs le reçurent avec des gifles. Marc 14 65
et racontés par Marc, introduisent la vraie question. Il ne s'agit pas de devinettes. "Fais le prophète" veut dire pour eux Ðdit nous Dieu".
Le voile du Temple qui se déchire. Il faut faire un parallèle avec le geste du grand prêtre qui déchirait ses vêtements en signe de condamnation et de deuil. Le voile qui se déchire de haut en bas traduit la déchirure totale, la destruction totale du Temple. Il faut mettre les trois textes suivants en parallèle :
* Comme Jésus s'en allait du Temple, un de ces disciples lui dit : "Maître, regarde : quelles pierres, quelles
constructions ! " Jésus lui dit : " Tu vois ces grandes constructions ! Il ne restera pas pierre sur pierre :
tout sera détruit." Marc 13 1-2
* On aurait bien pu vendre ce parfum là plus de trois cents pièces d'argent et les donner aux pauvres ! "
Et ils s'irritaient contre elle. Mais Jésus dit : " Laissez la, pourquoi la tracasser ?
C'est une bonne oeuvre qu'elle vient d'accomplir à mon égard. Des pauvres, en effet,
vous en aurez toujours avec vous, et quand vous voulez, vous pourrez leur faire du bien.
Mais moi vous ne m'avez pas pour toujours. Ce qu'elle pouvait faire, elle la fait :
d'avance elle a parfumé mon corps pour l'ensevelissement. (Marc 14 3-8)
* Les passants l'insultaient hochant la tête "
Toi qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve toi toi-même. Marc 15 29
Lorsque Dieu bâtit, on parle de consécration, lorsque l'on abandonne une église, on parle de désécration. La déchirure du voile signifie la désécration du Temple. Il est devenu un lieu profane. Le voile signifiait l'interdiction de pouvoir accéder à Dieu. Maintenant, il n'y a plus d'obstacle. Ils peuvent aller à Dieu, entrer en communion avec Dieu. Dieu se donne comme présence. Si l'on découvre le voile, il n'y a rien. Or le rien ne peut pas être représenté. Le rien, ce dont on ne doit pas faire un objet. Dieu est pure présence :
Après le tremblement de terre, il y eut un feu; le Seigneur n'était pas dans le feu. Et après le feu le bruissement d'un souffle ténu [le silence qui suit une brise légère]. Alors en l'entendant, Elie se voila le visage avec son manteau ; il sortit et se tint à l'entrée de la caverne. (1 Rois 19,12-13 - Une vision illustrée du texte)
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