Affronter ensemble la maladie - n°128 |
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"Pourquoi m'as-tu fait ça ?" Cette sourde interrogation vient frapper un jour ou l'autre les couples ou les familles lorsque survient la maladie, qu'elle soit inattendue, brève ou longue. Elle perturbe non seulement le malade mais aussi le conjoint bien portant ou les générations ascendantes ou descendantes. Le choc est aujourd'hui d'autant plus fort que les espoirs en la médecine n'ont fait que croître. L'inéluctable devient inacceptable.
Que peut-on y faire ? Au-delà de l'impuissance désarmée ou du stoïcisme silencieux, quelques remèdes sont là. Cette rupture d'équilibre dans les couples ou les familles peut être compensée par la parole. Dire la vérité selon les possibilités d'être entendu, dire sa vérité pour être porté par les autres, écouté, compris et finalement compatir, c'est-à-dire partager la souffrance de l'autre, telles sont les attitudes de base. Mais n'oublions pas non plus de détecter chez les enfants, ou tout autre membre de la famille, les ondes de choc antidotes de la maladie. La douleur est de la compétence du médecin, mais la souffrance est à partager avec l'entourage, de telle sorte que chaque conjoint retrouve foi en l'autre.
Or justement, c'est là que le bât blesse: le manque de foi. Il peut aller jusqu'à la rupture du couple. Les sciences humaines sont de peu de poids face au scandale du mal et de la souffrance injustifiable. La maladie opère un retournement complet de la personne, obligée d'être recentrée autrement sur soi, sur les autres et sur Dieu. La souffrance, qui est un mal, peut-elle être changée en bien ? La réponse est oui, même si, pour les incroyants, elle est objet de scandale. Car la maladie peut devenir le chemin de la fécondité de Dieu, puisque "tout sert au bien de Dieu" (Rm 8, 28), y compris le mal.
Cette conversion-là est celle de la confiance en Dieu, une confiance reçue et non conquise, une sérénité dans l'Alliance avec l'a(A)utre: "Quand tu auras vieilli, tu étendras les mains, et un a(A)utre te ceindra et te mènera où tu ne voudrais pas aller" (Jn 21,18).
Michel Rouche |
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