Un texte de l'évangile de Jean peut-être mis en parallèle du texte d'Ephésiens 5. Il s'agit du lavement des pieds. Dans ce récit, Le Christ s'agenouille devant Pierre, celui qui symbolise l'Eglise, mais celui qui va le livrer et lui lave les pieds. Dernière tentative de l'amour face au mal et à la trahison. Le Christ aimait Juda comme chacun de ses douze disciples. Et il as tout fait pour qu'il n'en arrive pas là. Par ce geste, il accomplit l'écriture, montrant dans son abaissement jusqu'où Dieu va pour la conversion du pécheur .

Jn 13, 1-14.

Avant la fête de la Pâque, Jésus, sachant que son heure était venue de passer de ce monde vers le Père, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. Au cours d'un repas, alors que déjà le diable avait mis au c¦ur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer, sachant que le Père lui avait tout remis entre les mains et qu'il était venu de Dieu et qu'il s'en allait vers Dieu, il se lève de table, dépose ses vêtements, et prenant un linge, il s'en ceignit. Puis il met de l'eau dans un bassin et il commença à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint. Il vient donc à Simon-Pierre, qui lui dit : " Seigneur, toi, me laver les pieds ?" Jésus lui répondit : "Ce que je fais, tu ne le sais pas à présent ; par la suite tu comprendras. "Pierre lui dit : "Non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais !" Jésus lui répondit : " Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi. "Simon-Pierre lui dit : " Seigneur, pas seulement les pieds, mais aussi les mains et la tête ! " Jésus lui dit : "Qui s'est baigné n'a pas besoin de se laver ; il est pur tout entier. Vous aussi, vous êtes purs ; mais pas tous. " Il connaissait en effet celui qui le livrait ; voilà pourquoi il dit : "Vous n'êtes pas tous purs." Quand il leur eut lavé les pieds, qu'il eut repris ses vêtements et se fut remis à table, il leur dit : " Comprenez-vous ce que je vous ai fait ? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.

 

Ce même Juda qui au chapitre précédent avait été déjà choqué par le lavement des pieds de Jésus par Marie de Béthanie, va ainsi être le réceptacle d'une preuve irréfutable de l'amour du Christ, alors même que ce dernier connaissait ses intentions. Il va expérimenter l'au-delà de l'amour humain. Un amour qui va jusqu'à l'abaissement, qui accomplit la tâche réservée à l'époque aux esclaves.

La lecture de ce texte nous conduit à l'aboutissement de la logique du Christ. Qu'elle est en effet "le chemin, la vérité et la vie", dont Jésus parle au chapitre suivant (Jn 14,6), si ce n'est cette descente de sa divinité pour se mettre à genou devant l'autre ? Il s'agit de l'amour, de cet amour infini, cette tension vers l'autre, à une distance infinie de soi-même.

C'est cet abaissement, que Saint Jean cristallisera dans son évangile comme signe de la démarche eucharistique (à la différence des autres évangiles, le repas n'est pas présenté autrement) est le sommet de la rencontre de Dieu avec l'homme. Par cet agenouillement, le Dieu créateur et tout-puissant va jusqu'au bout de la liberté de l'homme. Après presque deux mille ans consacrés au peuple élu pour lui faire comprendre qu'il n'est pas dans le vent et le feu mais qu'il est le bruit d'un fin silence (1 Rois 19), Dieu se met à genoux. Le Créateur s'agenouille devant Sa création. Il pousse Son Amour jusque là. Quelle plus grande preuve de la liberté humaine peut-on présenter que ce Dieu à genoux devant l'homme. Quelle foi en l'homme, en sa liberté et quel respect du chemin intérieur. Dieu à genoux devant Juda...

On retrouve là les accents de la parabole du fils prodigue. D'un Dieu qui se jette au cou du fils retrouvé (Luc 15,20, cf annexe 2) et plus encore, puisque là même, le Christ s'agenouille devant celui même qu'il ne peut plus sauver...

Or Saint Paul dans le texte que nous venons de lire dans l'Epitre aux Ephésiens ne nous invite pas à autre chose.