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Mais qu'est-ce que "se réconcilier" ?
Se réconcilier, c'est ne pas se résigner à l'échec d'une relation par incompréhension, par découragement; c'est retrouver des liens anciens importants, mais que de multiples petites blessures avaient étirés, distendus et abîmés ou bien que les alluvions des habitudes avaient recouverts. Cela demande de l'énergie.
Cela demande aussi une forte conviction en la pérennité de la relation. Il s'agit de découvrir de nouveaux liens révélés par une meilleure connaissance l'un de l'autre. Ceux-ci se substitueront à ceux plus ou moins rêvés, qui se sont un peu évanouis dans la réalité quotidienne.
Etre réconciliés en vérité, c'est donc être plus réellement liés; c'est parfaire son alliance. D'où un profond sentiment de paix et de sécurité.
Mais les voies de la réconciliation sont parfois bien paradoxales (...).
En effet, c'est faire confiance. C'est une attitude paradoxale: faire encore confiance à celui qui vient de trahir, ou du moins que l'on a ressenti trahissant cette confiance. C'est pouvoir dire à l'autre ce qui en lui vous a blessé, sans l'en accuser, c'est-à-dire en allant jusqu'à comprendre pourquoi il s'est comporté envers vous de façon blessante. C'est pouvoir dire à l'autre sa blessure, dans l'espoir qu'il puisse la guérir, mais en acceptant d'avance qu'il ne le veuille pas ou ne le sache pas. C'est pouvoir "tendre l'autre joue". Cette attitude extrême souvent ridiculisée n'a rien d'un masochisme doloriste. En tendant l'autre joue, ce qui est désiré, ce n'est pas un autre soufflet, mais le baiser réparateur. Ce geste, loin d'être une provocation à une nouvelle agression, est le signe d'un désir total de réconciliation. Pour autant, il n'est jamais garanti de succès, puisque le refus de l'autre le réduit à l'impuissance. Ainsi de longs tunnels d'impossible réconciliation peuvent-ils s'installer dans nos vies, où l'espérance seule nourrit l'attente: cette attente exemplaire du Père pour le fils prodigue.
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