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Comment faire ce difficile travail de deuil dans la séparation, le divorce ? Souvent j'ai entendu du conjoint se sentant abandonné par l'autre: "J'ai rêvé qu'il/elle était mort(e); s'il/elle avait eu un accident, je crois que cela m'aurait été plus facile, etc." Cet inconcevable deuil d'un vivant peut permettre de comprendre les désirs plus ou moins fugitifs de meurtre qui vont, hélas, parfois jusqu'au crime passionnel. Ainsi la difficulté spécifique du deuil du couple vient-elle de la résistance à concevoir l'irréversibilité de cette fin du couple puisque chacun est là vivant, avec peut-être la nostalgie, l'espoir plus ou moins avoué d'un recommencement, d'une renaissance un jour de son couple; surtout parce que cette mort ne résulte pas d'un destin tout-puissant, mais d'une décision humaine sur laquelle on peut toujours espérer agir. Ceci est particulièrement vrai pour les chrétiens que le sacrement du mariage unit jusqu'à la mort, bien que l'Eglise autorise la séparation des conjoints, reconnaissant par là qu'un couple peut être humainement mort et invivable. N'utilisons pas l'indissolubilité du mariage pour nous éviter un travail de deuil en refusant certaines réalités. Car ce peut être justement à cause de cette incapacité à voir, à sentir des dysfonctionnements dérangeants, que le couple se détériore et meurt.
A l'opposé, cette boutade d'un client: "Nous pouvons bien divorcer, cela ne nous empêche pas de nous remarier ensemble" montre l'ambivalence et la peur d'assumer la responsabilité d'une telle décision en niant sa gravité comme si rien n'était irréversible. Une telle banalisation du divorce et des bouleversements affectifs qu'il entraîne est un autre moyen d'échapper à ce travail de deuil qui invite à comprendre: Pourquoi je ne veux plus, je ne peux plus être ton mari/ta femme ? Pourquoi notre couple est-il condamné à la mort ? Parce que trop décevant, trop destructeur ? Parce que l'amour s'en est allé ? Pourquoi s'en est-il allé ? Pourquoi cet(te) époux(se) que j'ai choisi(e) ne me convient-il/elle plus ? Me suis-je à ce point trompé(e) ? Ai-je négligé les signes avant-coureurs du désamour ? Pourquoi ai-je lutté si longtemps contre toute évidence ? Pourquoi ai-je cru que la venue d'enfants "arrangerait" notre couple ? Pourquoi étais-je habité/e d'un si grand désir réparateur en choisissant un conjoint à problème ? Pourquoi n'ai-je pas pu quitter ma sécurité affective pour en reconstruire une nouvelle où l'autre pouvait trouver une vraie place ? Autant de couples, autant de questions, chacun ayant son histoire. Mais on peut aussi se perdre dans cet infini de questionnements, tourner en rond et passer à côté d'autres raisons, d'autres compréhensions prisonnières de notre inconscient. Voilà pourquoi il est parfois utile, voire nécessaire, de se faire aider.
Une meilleure compréhension n'ôte pas la souffrance, mais elle peut apporter une certaine sérénité et éviter de recommencer les mêmes erreurs. En effet, il est assez fréquent de recevoir en consultation conjugale des couples qui vivent une seconde union avec les mêmes symptômes, les mêmes difficultés que dans leur premier couple. Cette fois, l'un et(ou) l'autre sentent qu'ils ne peuvent plus faire l'économie de comprendre leur part de responsabilité dans ce dysfonctionnement.
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