|
Tant que la souffrance de ce manque de communication est partagée par les deux conjoints, le couple vit une période de crise certes, mais il vit. Aidé, il pourra comprendre son mal-être profond; reconnaître que, dans l'attente de chacun envers l'autre, il y a des demandes impossibles à satisfaire (un conjoint ne remplace pas un parent); admettre qu'ils ne se changeront pas, mais que des évolutions, des maturations peuvent permettre d'autres formes de communication. Combien de fois des couples disent: Il y a longtemps que nous ne nous sommes pas autant parlé, vraiment parlé de nous, de notre histoire, de nos peurs, de nos limites et autant écoutés aussi ! Il a fallu cette crise et que nous envisagions de nous séparer ! Cette idée de séparation, en postulant une capacité encore virtuelle d'exister seul, peut autoriser chacun à se montrer à l'autre tel qu'il est et à le rencontrer sans peur de son emprise; la distance ainsi retrouvée ou trouvée, un nouveau dialogue pouvait naître entre eux.
Plus grave est la perte du désir car, en supprimant par là souffrances et conflits, c'est la voie de la mort pour le couple. Je pense à ces couples, rares il est vrai, où l'un des conjoints s'en va sans rien dire et où l'autre reste sidéré comme s'il n'avait rien vu venir, comme si, ni l'un ni l'autre, n'avait pu ou voulu voir que la belle harmonie première était illusoire et qu'elle ne pourrait se transformer en équilibre solide, au prix de quelques explications douloureuses, que grâce à la découverte de l'autre avec ses étranges différences, ses attentes imprévues et secrètes.
|